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AUBE, la saga de l'Europe I-087

Les sentiments personnels ne doivent pas prendre le pas sur la loi, ni interférer avec. Le monde repose sur un tel pilier. Faisant fi de son mépris, Kleworegs avait, arrivé face à cet homme à si miteuse mise, arrêté son cheval. Il en était descendu. Il l'avait salué du ton de politesse affectée qu'emploient entre eux des inconnus de même haut rang. Il continuait, toujours courtois. L'hospitalité est dans les mains d'un dieu. On doit en respecter les formes. Il n'y faillirait pas, tout désir qu'il en ait.
Les prêtres firent montre de la même amabilité. Ils se saluèrent et s'embrassèrent. Selon la règle, celui de Kleworegs demanda, au nom des siens, pour l'amour d'Aryamenos, l'hospitalité. Comme le voulait la loi éternelle, celui du village les invita à être leurs hôtes pour trois jours. Il ne leur demanda que le nom de leur animal tabou pour fixer leurs interdits respectifs et éviter tout malentendu qui rendrait le séjour pesant.
Il était fier de ce rôle, vestige du temps où les rois étaient élus dans sa caste. C'était un des rares pouvoirs, avec celui de présider aux cérémonies et de sacrifier, qui leur restaient. En ce jour, il recevait une tribu glorieuse et menait la grande fête des moissons. Il retrouvait cette puissance des temps très anciens, où seul existait, pour différencier l'homme de la bête, cette tradition. Une tradition devenue un objet de fierté, pour certains une occasion de profit. Les clans bien reçus remerciaient en laissant des cadeaux à proportion de l'accueil et de leurs richesses. Les <em>wikos</em> de quelque renom mettaient un point d'honneur à régaler leurs hôtes de réceptions somptueuses auxquelles répondaient des cadeaux pouvant aller jusqu'au double. Avec quelque intérêt. On méprisait les clans répugnant à s'y prêter. On les évitait, on se refusait à les fréquenter. Leurs enfants à marier ne trouvaient aucun parti. Ils dépérissaient et tombaient dans l'oubli. C'était heureux que l'hospitalité dépende de lui. Son roi avait tendance à l'avarice. Leur hôte, homme à pratiquer et honorer la libéralité, en eût été fâché.

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AUBE, la saga de l'Europe I-086

UN MYSTÈRE
 
 
 Le messager était arrivé. Ils l'entourèrent. Il dit qui il était, qui l'avait envoyé, ce que ses mandants désiraient. Leur roi survint. Plus physionomiste que les siens, il reconnut un des hôtes honorés l'avant-veille. Il leur intima silence et l'écouta. Il recevrait avec plaisir une glorieuse troupe de retour d'un raid profitable. C'était un grand, mais trop rare honneur. Qu'elle célèbre avec eux la fête des moissons ! Sommet de l'activité des paysans, elles venaient de finir. Son village ne vivait que des travaux des champs. Leur heureuse conclusion donnait lieu à une série de festivités dédiées aux dieux de la nature et de la fécondité. Ils y seraient bienvenus.  
 Il partit au devant d'elle. Son prêtre-sacrificateur l'accompagnait, fier, droit. Ce soir, il accomplirait les rites et ferait les oblations pour remercier les dieux de leurs dons et les prier d'être encore plus généreux l'année suivante. C'était la formule consacrée, même quand ils avaient été chiches. Il ne fallait pas les fâcher. Cette année, elle ne serait pas de pure forme. Ils avaient gâté le clan comme jamais.  
 La troupe de Kleworegs arriva. La suivait une longue file de captifs mis à la queue leu leu pour les impressionner. C'était réussi. Devant ce long serpent se déroulant, solennel, ils étaient saisis de fierté et de frayeur. Fierté – ils étaient les frères de ces héros auréolés de victoire. Frayeur – les dieux les jugeraient à leur aune, de tant de coudées supérieure. Vint le souvenir. Il y eut, plus fort que la frayeur, ce qu'ils n'osaient exprimer. Autant ne plus penser ! Ils plongèrent, maîtres d'un clan sans ambition, en ayant oublié le sens, dans l'admiration. Ils s'extasièrent devant le cortège : même le bétail faisait une entrée impeccable. Pas un pour ruer ou divaguer. Elle était polluée d'arrière-pensées, d'une jalousie morbide, devant leur superbe. Ils avaient choisi la voie du triomphe ; eux, la rampante médiocrité.
Kleworegs, son bhlaghmen et le chef de patrouille se tenaient à leurs côtés. Ils regardaient, avec un bel ensemble, défiler ses troupes et leur butin. Il observait, du coin de l'œil, ses hôtes. Le prêtre portait comme il sied une robe de lin blanc, mais que dire de la peau lainée du roi ? Elle était bonne pour un éleveur, indigne d'un guerrier. Pourquoi cette irrévérence ? Il pouvait, si cela chantait aux siens, porter des haillons en l'absence d'hôtes. Il devait arborer sa plus belle fourrure pour recevoir. Ce laisser-aller, ce manque de dignité, puaient le dédain des dieux. Que ce clan prenne garde ! Un tel maître le menait droit à sa perte. Pourvu que leur exemple le remette, avant qu'il ne soit trop tard, sur le bon chemin ! De plus vaillants que lui avaient rejeté les Muets au loin. Il ne s'en féliciterait jamais assez. Il eût, sinon, ployé le genou devant eux, ennemis farouches et déterminés malgré tous leurs vices. 

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AUBE, la saga de l'Europe I-085

Plusieurs fumées, à peine visibles, apparurent au loin, régulières, échelonnées. Le village où ils trouveraient gîte et couvert n’était plus loin. Kleworegs s’étonna. Quel chemin parcouru pendant qu’il racontait son histoire ! Son récit, consacré à célébrer sa gloire et à exalter ses hauts faits, avait pourtant été si bref !
Il interrogea son voisin. Le village qu’il devinait était-il celui de leurs hôtes ? Le chef de patrouille était fier. Il ne s’était en rien fourvoyé. Il les avait menés droit et vite. Il se rengorgea, le lui confirma. Cette halte leur ferait tous du bien... S'il continuait, en attendant qu’on y arrive, le récit de sa jeunesse ?
Il refusa. Il lui en réservait la suite pour plus tard. Mieux valait soigner leur entrée. Ce ne serait pas digne de pénétrer chez ces gens en devisant comme une paire de vieux amis. Leur arrivée devait être pleine de pompe et de majesté. Elle porterait haut le flambeau de leur vaillance. Elle redonnerait à ce clan qui semblait, à ses dires, les avoir perdues, la fierté de sa race et l’envie d’aller se battre au lieu de se contenter de petits raids et de piégeage de gibier.
Il n'alla pas plus loin, soudain inquiet. Il était peut-être le seul – non, pas le seul, lui et une petite poignée de rois de sa trempe – à faire digue contre les Muets, à semer la terreur dans leurs camps et à oser se porter bien au-delà des marches d’Aryana pendant la saison des combats. D’autres, de nombreux clans, devaient d’ores et déjà penser et agir comme lui. Même les plus grands guerriers ne sont pas éternels.
Il songeait parfois à sa succession. Nul, parmi les siens, n’avait les épaules assez larges. La protection de Bhagos sur son clan risquait de s’éteindre avec sa vie. Ah, qu’il ait un enfant mâle, et qui vive !
 
Il était arrivé depuis un bon moment au puy aux aulnes. Il avait commencé par s’allonger contre un petit talus. Un bon somme, et il irait aux anciennes emblavures observer ceux qu’il voulait tuer. Tout revigoré, il avançait. Il avait repéré un poste d’observation idéal. Le vent lui soufflait au visage. Son odeur n’alerterait pas les porcs.
Il s’y installa. Il avait connu plus confortable. Qu’importe, il n’en ferait pas sa maison. Le plaisir d’abattre un beau solitaire l’attendait. Il valait bien les petits ennuis de cet affût.

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AUBE, la saga de l'Europe I-084

... Nous revînmes au village. Pewortor n'était toujours pas de retour. Il n'arriverait pas avant au moins une lune et deux quartiers... À peine un quartier plus tard, un de ses messagers survint. Il me rapporta leur succès. À l'appui de ses assertions, il avait de quoi forger déjà plusieurs beaux glaives. Je fis, aussitôt, porter le métal à Punesnizdos. Il tomba à genoux, remercia les dieux. Son geste de dévotion terminé, il bouta le feu au foyer de sa forge...
... Deux jours après, la troupe était là. Je rendis grâces aux divinités de nous avoir permis de faire aussi bonne chasse. À cause de leur retour prématuré, j'avais bien plus de bouches à nourrir, dès les premiers mauvais jours, que prévu. Bhagos, quoique borgne, voit tout. Il avait suppléé à mon ignorance. Il nous avait offert toute cette viande supplémentaire en prévision... Mais lui et ceux de son espèce sont des dieux, quand nous ne sommes que des hommes...
... À cette occasion, je fis, aux démons la lésine, préparer une grande fête. Elle fut à la hauteur de la nouvelle et infaillible générosité du ciel. Amasser et grignoter comme le hamster aux lourdes bajoues ou l'écureuil cacheur de graines lui auraient été offense et grave insulte. Nous aurions perdu sa faveur. Nous l'honorerions en festoyant. Il nous avait comblés de ses bienfaits pour la saison froide. Il ne devait nous rester aucune réserve à l'entrée de la saison chaude. Voyant notre piété et notre confiance, il remettrait sur notre chemin noble gibier et beaux butins...
... Notre banquet fut copieux, l'hydromel plus copieux encore. Nous invitâmes les troisième caste à venir se goberger. Ils ne s'en privèrent pas. Il y eut le lendemain de pénibles réveils, le mien pour le premier. Je sortis sous la pluie pour me remettre de la folle nuit. Je me rendis à la forge. Pewortor, traité la veille au soir comme un des nôtres, cuvait quelque part son medhu. Il restait introuvable ou sourd à tous appels. Son père était déjà debout. Il se tenait devant son foyer où régnait un vrai brasier. Il avait anticipé mon ordre. Il s'était mis au travail sans délai... »  

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AUBE, la saga de l'Europe I-083

... J’acceptai leur offre, et la fis proclamer partout. Tous les louèrent. Notre village enverrait enfin aux dieux, après tant d’années (on avait vite oublié la mort de mon père !) des guerriers tombés au combat. Ils nous soutiendraient auprès d’eux, et seraient exaucés. Nous aurions bientôt des ennemis nombreux et puissants à qui nous affronter, avec un butin à l’avenant. Notre moral était plus élevé, s’il est possible, que Soleil à midi...
.. Mes éclaireurs ne nous avaient pas trompés ni exagéré, suivant la coutume de certains chasseurs, l’importance du troupeau. Les énormes bovins formaient une horde dense comme un beau champ d’épis. La ponction que nous y ferions serait pour la troupe de ces monstres ce qu’une touffe d’herbe broutée est pour la steppe, une minuscule blessure qui se cicatrise en moins d’une saison...
... Nous en tuâmes assez pour passer un long hiver, au prix de deux morts. Deux de nos vieillards avaient vu des urus faire une brusque volte pour s’échapper. Ils s’étaient précipités devant eux, épieux pointés. Ils avaient été tous les deux éventrés et foulés à mort. Les géants cornus n’en étaient pas sortis indemnes. Nous n’eûmes qu’à les achever, tant ils y étaient allés de bon cœur. Eux n’étaient plus que charpie... Ces brutes montrent la plus violente fureur dans leur agonie. Nous les enterrâmes sur le lieu de leur exploit. Leurs cuirasses et de nombreux biens, récompense de ce haut fait, reposent dans notre cimetière des héros. Les autres anciens, qui avaient proposé de se sacrifier, enviaient leur sort. Le prêtre les consola. Ils n’avaient pas démérité. Thonros leur réservait un trépas encore plus noble. Le crurent-ils ? Ils le feignirent. J’ajoutai que le Seigneur des guerriers les avait laissé survivre afin que leurs derniers jours nous voient renouer avec la victoire et les beaux butins. Ils louèrent sa sagesse et reprirent bonne figure. Nous dépouillâmes et dépeçâmes toutes nos victimes. Nous découpâmes leur viande en fines lanières. Elle sécherait plus vite. Cette tâche nous occupa plus d’une lune. Avant la fin de la saison froide, nous disposions de nourriture et de cuir à foison...

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AUBE, la saga de l'Europe I-082

... Transactions et échanges ne prirent que deux quartiers... À peine la moitié du temps prévu. Ils devaient revenir aux frimas. Ce fut avant le gel, quand il restait encore quelques rares feuilles aux branches. De même, je m’attendais à avoir juste assez pour nous équiper en vue du prochain tournoi. Il me rapportait de quoi nous armer tous, et au-delà. Il avait poussé la coquetterie jusqu’à me ramener un coursier dont je ne m’étais séparé qu’à grand peine et regret. Il le montait, ayant cédé son moins beau cheval à la place. Je ne pouvais guère le lui reprendre. Va-t-on marchander à qui vous offre tout ce que vous désirez, et au-delà ? Tout cet étain nous a été bien utile. Depuis, tu sais comme il a augmenté ! Là où il fallait un bœuf, il en faut trois, quatre parfois... Et il avait eu ses lingots pour encore moins, la moitié peut-être
 
Le chef de patrouille devint tout rouge. Toutes ces combines puaient l’immoralité. Il n’aurait pas dû appeler ner cet artificieux Pewortor... Ce qui était fait, pour sa plus grande gloire d’ailleurs, était fait. Il n’allait pas revenir dessus. Dans cette affaire de transaction, le village entier de Kleworegs, et lui le premier, était solidaire et complice. Soucieux de bonnes relations avec lui, il s’abstint de faire la morale. Il préféra s’inquiéter de ses battues.
 
… Nous partîmes à la rencontre des aurochs. Pour la première fois, quelques vieillards d’âge canonique voulurent nous accompagner. Je saluai leur grand âge et plus encore leur vaillance... Cette chasse est dangereuse entre toutes. Ils avaient décidé d'y participer afin, si les dieux daignaient leur sourire, d’y trouver une mort digne de leur sang. Ils feraient le sacrifice de leur vie pour ne pas rester, bouches inutiles, à notre charge, et nous aider. C'était un prix bien doux. Notre wiks, de nombreux signes l’annonçaient, vivrait dans la gloire et le triomphe. Il leur plaisait d’être les premiers héros morts sous mon règne, et célébrés pour ce geste, plutôt que des vieillards à qui, sous la mince écorce du respect, on reprocherait le peu qu’ils mangeaient. Ils me priaient, et même exigeaient de moi, en vertu de la déférence que je devais à leur vieillesse, de leur désigner les positions les plus exposées, qu’un chasseur doit tenir sans faillir au risque d’être piétiné. Je ne devais ni me priver de vétérans, en pleine force de l’âge, ni exposer à ces postes des jeunes, enclins à s’effrayer devant la charge aveugle des ures. Eux, ils tiendraient. S’ils y périssaient, la perte ne serait pas bien grande pour le village. Leur gloire, en revanche, serait large comme toute la steppe. Ils banquetteraient au festin de Thonros...

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AUBE, la saga de l'Europe I-081

... Pewortor était arrivé au premier village dévasté par la peste du bétail. C’était celui de ses interlocuteurs. Ils entendaient être les premiers servis. Il en salua les chefs. Ils lui contèrent leurs malheurs. Ce wiks, tant son cheptel était superbe et abondant, avait reçu le nom de Gurtos kerdhobhyos... Maintenant ! ... Il s’étonna. Le mal, terrible aux chevaux (seuls de rares poulains, en sus des bêtes de ses guides, y déambulaient), semblait avoir épargné les bœufs. Ils le conduisirent, l’air accablé, vers une crevasse. C’était leur charnier. Ils y avaient jeté les bêtes crevées. L’amas de cornes le criait bien haut. Leurs cadavres, eux non plus, ne se comptaient pas...
... Reste qu’ils étaient plutôt à la recherche d'étalons et de taureaux (les vaches avaient été moins frappées), et avaient peu d’étain. Pewortor avait chapitré ses hommes. Ils affichèrent une déception des plus ostentatoire. Les villageois firent grise mine. Ils s’empressèrent, pour prouver leur bonne volonté et profiter de notre cheptel, d’aller prévenir à l’entour. Ils avaient bien décrit les faits. Leurs voisins avaient perdu tous leurs bovins. Ils désespéraient de jamais reconstituer leurs troupeaux. Les décider ne prit qu’un instant. Ils nous livreraient contre quelques bêtes tout leur métal blanc. Il n’était qu’un vestige inutile d'une époque de raids ou d’échanges fructueux... Nos taureaux et nos étalons, eux, étaient l’avenir. Ils se présentèrent chargés de lingots… Plus que nous en avions besoin, mais il prit tout...
... Il m’a conté, à son retour, avoir eu une étrange sensation pendant ces trocs. Les villageois se gaussaient tout bas et riaient derrière son dos. Essaierait-on de le gruger ? Il avait été détrompé. À part la dîme, exagérée, prélevée par ses gourmands intermédiaires, les conditions en étaient très favorables. Il en avait eu le fin mot. On trouvait du dernier comique de le voir échanger nos précieux animaux contre ce métal terne qui n’intéressait que les forgerons...
... Ils avaient tenté de s’opposer à la transaction. Ils avaient dû céder devant l’avis unanime des neres et des producteurs, pour une fois d’accord. Je ne sais quels étaient les arguments des troisième caste. Pour les guerriers, la qualité des hommes primait cent fois celle des armes. Ils insistèrent presque pour s'en débarrasser. Les beaux chevaux étaient beaucoup plus importants... À moins qu’ils n’aient pensé que la qualité et la solidité de leurs lames les empêchaient de mettre en valeur leur force... Qu’ils n’aient été, en quelque sorte, jaloux des trop beaux glaives. Les idées de mon père étaient bien partagées... Je n'irais pas m’en plaindre... J’en profitais...

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AUBE, la saga de l'Europe I-080

... Les premiers bosquets avaient avalé ceux qui partaient quérir le métal. La poussière soulevée par leurs chevaux n’était pas retombée que j’annonçai de grandes chasses. Réussies, elles empêcheraient les miens, ne les voyant pas revenir (nous ne les attendions pas, au mieux, avant trois lunes), de succomber au désespoir. Le goût du gibier sur la langue étouffe l’amertume de l’attente et de l’inquiétude. Il fallait que ces traques soient fructueuses. J’autorisai les troisième caste à tendre leurs rets et collets dans nos garennes. Ils piégèrent à profusion lièvres et hérissons, dont nous prîmes la moitié, de quoi faire bombance un quartier. Ce n’était que des amuse-gueule. Le gros gibier seul est une proie digne d’un fils de Thonros. Mes hommes supporteraient le gruau s’il y avait, pour le relever de temps à autre, de cette délicieuse viande sauvage. J’avais sinon tout à craindre de leur haine et de leur mépris envers Kleworegs, le chien fou qui n’a pas tenu ses promesses. J’étais condamné, au nom des efforts et peines que j’en exigeais, à ne pas échouer...
... Je les réunis. Qu’ils se préparent ! Nous allions courir sus à nos proies favorites. Mange-miel bien gavés, à la graisse qui guérit tout, sangliers repus des fruits de l’automne, aurochs bien gras, auprès desquels nos vaches sont chèvres faméliques, tous à ne savoir qu’en faire, seraient de notre prochaine ripaille...
... Pour cette expédition, nul besoin de glaives. Mieux valait de lourds épieux à la pointe durcie. Ils sont, plus que les lames, l’arme idéale contre le gros gibier, la terreur de l’urus et du porc sauvage. Un quartier durant, une intense, fiévreuse activité régna autour de nos feux. Nous passions à la flamme de grosses branches épointées...
... Rien qu’à les tenir, mes guerriers avaient repris tout leur cœur. Avec eux, ils affronteraient, et vaincraient, les bêtes les plus farouches. Nouveau signe des dieux, nos éclaireurs nous signalèrent, non loin, un grand troupeau d’ures. La conjonction entre les efforts demandés, ma décision de lancer une grande battue pour avoir de quoi manger comme des guerriers cet hiver, et le passage de cette horde où nous allions cueillir nos victimes, prouvait la bienveillance de Bhagos à mon égard. Plus personne ne doutait. Le distributeur de toutes choses m’avait élu l’un de ses favoris. J'ordonnais, c’était lui qui parlait par ma bouche. Le bruit en courut par tout le wiks. Au bout de quelques jours, sans avoir encore montré ni mon aptitude au vrai combat, ni ma capacité ou mon art de mener les miens à la victoire, ils me louaient comme Kleworegs le pieux. C'était un signe. Seuls les rois maintes fois vainqueurs, preuve que les dieux les ont en grande estime et soutien, y ont droit...

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AUBE, la saga de l'Europe I-079

... J’ai tort d’en dire tout ce mal. Si les robes de lin sont avides et tortueux bien qu’on arrive, de temps à autre, à être plus malin qu’eux, le nôtre était digne de sa naissance. Son sacrifice fut parfait en tous points. Le Borgne nous favorisa de manière insolente...
... Juste après, j’avais envoyé une colonne, Pewortor à leur tête, convoyer les animaux à troquer contre le métal blanc. Ils étaient partis pour un long périple. Je n’attendais leur retour qu’au plus froid de l’hiver. La chance leur sourit. Au bout d’environ un quartier, mon forgeron – Il n’était là que pour examiner l’étain, mais avait exigé et obtenu que je lui confie, dans mon enthousiasme, les insignes de chef de sa troupe. – et les hommes de sa mince escorte croisèrent un petit groupe de guerriers. Après avoir, selon ses dires, regardé avec envie leurs bêtes, déception leurs armes (elles faisaient, dans leurs gaines, illusion), ils les saluèrent. Une sévère peste avait frappé tout leur cheptel, à dix jours de chevauchée. Ils étaient à la recherche de nouveaux animaux pour le reconstituer...
... Il s’inquiéta. Son troupeau ne risquait-il pas, lui aussi, d'en périr ? On le rassura. Elle était finie depuis environ deux lunes. Aucune bête n’y avait succombé depuis lors. Ils n’auraient pas été assez fous de chercher à s’en procurer de nouvelles, au risque de les voir crever...
... Il avait tout écouté dans l’espoir d’y trouver quelque indication ou avantage. Pouvaient-ils préciser leur requête ? On discute mieux avec des solliciteurs. Ils ne perdirent pas de temps pour tenter de mieux formuler leurs besoins. Il était trop vital pour eux de retrouver au plus vite les bœufs et les chevaux qu’ils possédaient avant la catastrophe...
« Vous, et vos voisins, accepteriez d’échanger certains de vos biens contre nos bêtes ? »  
« Sûr et certain, et aux conditions les meilleures... Songe qu’il y en a, même si ce ne sont pas les plus nombreux, qui ont perdu tout leur cheptel... Songe qu’il y a – ça me fait horreur rien que de le dire – des guerriers qui n’ont même plus de cheval. »  
... Pewortor était forgeron. Une telle disgrâce n’eût pas dû le frapper beaucoup. Il ne put s’empêcher de compatir...
« Dieux, c’est dur, ça ! Rien qu’à l’entendre ! »  
« Le pire, mais ça va être votre chance, c’est qu’il y a des wikos chargés de butin à ne savoir qu’en faire... À moins que vous ne soyez comme les autres. Ils n’ont pas voulu troquer leurs bêtes contre nos trésors, comme s’ils avaient peur. » 

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AUBE, la saga de l'Europe I-078

« Voyez la qualité des armes que font mes hommes du métal, qui ont compris que notre clan a un vrai chef et que le temps des victoires et des raids chez l’ennemi est revenu. Jusqu’à ce jour, vous n’aviez jamais eu d’armes dignes de vous. Je connais la vaillance des vaincus. À armes égales, ils auraient tenu tête, en un long combat, à leurs adversaires. »
... Je tenais à ménager leur susceptibilité. Ceci expédié, j’en revins à mes soucis...
« Vous avez tous participé ou assisté à nos tournois. Chaque fois qu’un des nôtres héritait d’une arme de valeur, il a vaincu. Mon prédécesseur donnait à des neres comme vous des glaives tout juste bons pour des troisième caste. J’en aurais à peine voulu pour égorger de jeunes gorets ou peler des raves. Moi, je vous apporterai des glaives de grands guerriers, forgés pour la victoire. »
... Tous crièrent, comme un seul homme. Ils voulaient des armes comme les nôtres. Ils étaient prêts, pour en obtenir, à tous les renoncements et à tous les efforts. Pour faire bonne mesure, ils hurlèrent des malédictions à l’encontre de mon père. Il leur avait fait grande et male honte, comme disent les antiques formules d’exécration, en ne leur permettant de disposer que de lames, fragiles comme des brindilles, indignes d’eux...
... Leur enthousiasme, tant il me réchauffa le cœur, me fit l’effet d’un brasier en plein hiver. Il me donna surtout l’occasion, c’était le plus important, de leur faire accepter un nouveau projet. Je l’avais formé parce que mes forgerons étaient des maîtres dans leur art. Sans le sol de cette démonstration et de la joie qui avait suivi, il n’aurait pu éclore. Ce sol était prêt, à moi d’y faire germer mes idées...
... Ils avaient juré, dans leur exultation, être disposés à tous les efforts, tous les sacrifices. Ils allaient, même si c’était provisoire, le regretter. Nous aimons tous posséder de beaux chevaux et de beaux troupeaux... J’allais troquer la majorité de notre cheptel – peu important à l’époque. Ce n’en était pas moins un crève-cœur – contre un maximum de lingots d’étain (Dieux merci, nous avions d’assez importantes réserves de cuivre). Dès l’obtention de ce précieux métal, nos armuriers nous forgeraient de nouveaux glaives. Je fis aussi une obscure allusion, pour éviter à la fois des reproches futurs et des protestations bien présentes, à la probable nécessité de nous nourrir de chèvre, de mouton, peut-être même, certains jours, de glands et de faines, au lieu de délicieuse chair de bœuf ou autres viandes nobles, seules chères dignes de régaler les guerriers. Certains m’avaient compris. Ils s’apprêtaient à récriminer. Je les prévins. J’allais organiser de grandes battues. Les aurochs, les sangliers, voire quelques mange-miel, viendraient, si Bhagos le voulait et si nous étions assez habiles, compléter ce piteux ordinaire. Cette perspective effaça leur ressentiment. Ils ne m’avertirent même pas de me considérer comme maudit si j’échouais. Cela se fait toujours, autant que je sache, quand un chef présente un projet impliquant des privations pour son wiks. Les dieux m’approuvaient...
... Dès le lendemain, on amena et réunit les bêtes à échanger au champ où j’avais triomphé la veille. Je ne gardai que les femelles pleines et quelques mâles aux flancs ardents. Ils seraient notre enjeu pour le prochain tournoi. J’y miserais, si j’avais mes nouvelles armes, le montant le plus élevé autorisé. En cas d’échec, c’était la ruine. J’avais déjà refusé de l’envisager. Entrebâillez d’un cheveu la porte à cette idée, elle envahit la maison. Je ne pouvais me le permettre...
... Les seules protestations, bien timides, me vinrent du bhlaghmen. Il manquerait de bœufs à immoler. Je ne pus, bien que décidé à ignorer son avis, lui donner tort. Le soleil aurait le temps de se coucher – tu connais les prêtres – si je te racontais les trésors d’arguties que je déployai pour lui faire admettre que les dieux attendraient. Nous discutâmes tout un jour, avec des arguments dignes des bas marchandages de deux paysans échangeant des fagots contre des raves, avant d’y parvenir. Je n’arrachai son accord qu’en lui promettant une part de butin double de celle donnée par mon père. Encore l’obtins-je en lui laissant sacrifier d’un bœuf (il ne choisit pas le moins beau) afin de nous obtenir la faveur de Bhagos dans notre troc et nos battues...

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AUBE, la saga de l'Europe I-077

« Voyez la qualité des armes que font mes hommes du métal, qui ont compris que notre clan a un vrai chef et que le temps des victoires et des raids chez l’ennemi est revenu. Jusqu’à ce jour, vous n’aviez jamais eu d’armes dignes de vous. Je connais la vaillance des vaincus. À armes égales, ils auraient tenu tête, en un long combat, à leurs adversaires. »
... Je tenais à ménager leur susceptibilité. Ceci expédié, j’en revins à mes soucis...
« Vous avez tous participé ou assisté à nos tournois. Chaque fois qu’un des nôtres héritait d’une arme de valeur, il a vaincu. Mon prédécesseur donnait à des neres comme vous des glaives tout juste bons pour des troisième caste. J’en aurais à peine voulu pour égorger de jeunes gorets ou peler des raves. Moi, je vous apporterai des glaives de grands guerriers, forgés pour la victoire. »
... Tous crièrent, comme un seul homme. Ils voulaient des armes comme les nôtres. Ils étaient prêts, pour en obtenir, à tous les renoncements et à tous les efforts. Pour faire bonne mesure, ils hurlèrent des malédictions à l’encontre de mon père. Il leur avait fait grande et male honte, comme disent les antiques formules d’exécration, en ne leur permettant de disposer que de lames, fragiles comme des brindilles, indignes d’eux...
... Leur enthousiasme, tant il me réchauffa le cœur, me fit l’effet d’un brasier en plein hiver. Il me donna surtout l’occasion, c’était le plus important, de leur faire accepter un nouveau projet. Je l’avais formé parce que mes forgerons étaient des maîtres dans leur art. Sans le sol de cette démonstration et de la joie qui avait suivi, il n’aurait pu éclore. Ce sol était prêt, à moi d’y faire germer mes idées...
... Ils avaient juré, dans leur exultation, être disposés à tous les efforts, tous les sacrifices. Ils allaient, même si c’était provisoire, le regretter. Nous aimons tous posséder de beaux chevaux et de beaux troupeaux... J’allais troquer la majorité de notre cheptel – peu important à l’époque. Ce n’en était pas moins un crève-cœur – contre un maximum de lingots d’étain (Dieux merci, nous avions d’assez importantes réserves de cuivre). Dès l’obtention de ce précieux métal, nos armuriers nous forgeraient de nouveaux glaives. Je fis aussi une obscure allusion, pour éviter à la fois des reproches futurs et des protestations bien présentes, à la probable nécessité de nous nourrir de chèvre, de mouton, peut-être même, certains jours, de glands et de faines, au lieu de délicieuse chair de bœuf ou autres viandes nobles, seules chères dignes de régaler les guerriers. Certains m’avaient compris. Ils s’apprêtaient à récriminer. Je les prévins. J’allais organiser de grandes battues. Les aurochs, les sangliers, voire quelques mange-miel, viendraient, si Bhagos le voulait et si nous étions assez habiles, compléter ce piteux ordinaire. Cette perspective effaça leur ressentiment. Ils ne m’avertirent même pas de me considérer comme maudit si j’échouais. Cela se fait toujours, autant que je sache, quand un chef présente un projet impliquant des privations pour son wiks. Les dieux m’approuvaient...
... Dès le lendemain, on amena et réunit les bêtes à échanger au champ où j’avais triomphé la veille. Je ne gardai que les femelles pleines et quelques mâles aux flancs ardents. Ils seraient notre enjeu pour le prochain tournoi. J’y miserais, si j’avais mes nouvelles armes, le montant le plus élevé autorisé. En cas d’échec, c’était la ruine. J’avais déjà refusé de l’envisager. Entrebâillez d’un cheveu la porte à cette idée, elle envahit la maison. Je ne pouvais me le permettre...
... Les seules protestations, bien timides, me vinrent du bhlaghmen. Il manquerait de bœufs à immoler. Je ne pus, bien que décidé à ignorer son avis, lui donner tort. Le soleil aurait le temps de se coucher – tu connais les prêtres – si je te racontais les trésors d’arguties que je déployai pour lui faire admettre que les dieux attendraient. Nous discutâmes tout un jour, avec des arguments dignes des bas marchandages de deux paysans échangeant des fagots contre des raves, avant d’y parvenir. Je n’arrachai son accord qu’en lui promettant une part de butin double de celle donnée par mon père. Encore l’obtins-je en lui laissant sacrifier d’un bœuf (il ne choisit pas le moins beau) afin de nous obtenir la faveur de Bhagos dans notre troc et nos battues...

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AUBE, la saga de l'Europe I-076

... Mes compagnons, bien stylés, avaient pris l’allure, non pas craintive (je n’aurais jamais pu le leur demander), mais mal assurée, d’hommes écrasés par le renom de leurs antagonistes. Ceux-ci étaient tout bouffis de superbe. Leur défaite en serait un double plaisir...
... L’assaut fut bref. Mes champions arrachèrent très vite des mains de leurs adversaires déconfits et humiliés leurs glaives, l’un fort ébréché, l’autre brisé. Je désignai à nouveau deux sceptiques, connus eux aussi pour leur jactance. Ce deuxième engagement ne fut pas beaucoup plus long, avec le même résultat positif, plus une longue estafilade sur le bras d’un de mes opposants... Un des miens avait un compte à régler. Je fis semblant de n’en rien remarquer, mais il avait porté ce coup après avoir désarmé son adversaire...
... Il y eut au total cinq doubles duels, tous à l’avantage des mêmes. Je donnai alors, en dépit de leur évident désir de poursuivre, le signal de la fin des combats. Ma démonstration avait parlé assez haut. La défaite d’un d’entre eux ne devait pas venir en briser tout l’effet. La fatigue pouvait leur être fatale. Sans m’être battu, je sentais une douleur diffuse s’irradier dans mon bras levé. Il devait en être de même pour eux. Ils avaient beau être plus forts, plus endurcis, une défaillance pouvait survenir. Si cela était, la brèche ouverte dans les esprits sceptiques et méfiants se refermerait pour longtemps. Ils m’obéirent, quoique à regret. Ils baissèrent les armes. Brandissant toujours mon glaive, qui me pesait de plus en plus, bien haut, je jetai un long regard sur mes guerriers...
 
... Une métamorphose, il n’est pas d’autre mot. Des attitudes de fronde, d’incrédulité, de condescendance, au mieux de compassion, manifestées avant ces combats, plus rien ne restait. On me croyait, maintenant. Cette confiance pouvait être éphémère... Je devrais la justifier. Elle était, en cet instant, totale. L’assemblée était aussi enflammée par la fulgurance des combats qu’effrayée par l’aisance avec laquelle ceux qui utilisaient nos vieux glaives avaient été défaits. Elle avait percé le mystère de la victoire de mes champions. Cela lui ouvrait de nouveaux, et très larges, horizons...
... Devant cette attitude ouverte, je n’avais plus qu’à parler. Ils recevraient cette partie de mon discours avec autant de ferveur qu'ils avaient accueilli l’autre avec indifférence...

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AUBE, la saga de l'Europe I-075

... Je devais briser cette carapace tenant captifs leurs cœurs, rassurer ceux qui espéraient sans y croire, abattre l’orgueil de ceux qui me mésestimaient. Ils étaient une grosse dizaine. Les dehors de respect dont ils m’avaient entouré lors de ma visite n’étaient qu’un manteau troué. Il laissait voir leur hostilité et leur mépris...
... J’appelai les deux plus enragés. Ils avaient répandu partout, dans mon dos, que tout chien chasse de race. Je serais aussi pusillanime que mon père, adepte comme lui de demi-mesures, comme lui incapable de mener un de ces raids victorieux qui font le renom des plus nobles clans...
... Ces insinuations avaient pris. Même ceux qui les avaient rejetées, indignés, en avaient été touchés. Ils voyaient ma lignée dans les mauvaises grâces de Bhagos. Ils ne me condamnaient pourtant pas d’emblée. Ils me donnaient ma chance. Bhagos est versatile. D’ici à ce qu’il nous ait pris à nouveau en amitié...
... Ils sortirent des derniers rangs, bousculant, pour accéder au centre de la place, près de moi et de mes champions, tous ceux devant eux. Les quatre qui allaient se livrer un assaut étaient de force à peu près égale, mais, et c’est pour cela, en plus de leur langue de vipère, que je les avais choisis, mes adversaires passaient pour meilleurs combattants. Ils étaient de toutes les beuveries, où ils péroraient et se vantaient. Ils y avaient acquis grand prestige. Ce n’était pas le cas de mes compagnons, taiseux et peu liants. La gloire, disent les prêtres, c’est la grande parole. Qui proclame cent fois « J’ai tué un ennemi » passe pour plus vaillant que celui qui dit une fois, sans même insister, qu’il en a tué cent... Et ce n’est pas cent, mais mille fois, peut-être, qu’ils s’étaient prévalus de leurs prouesses...
... La gloire de ces deux-là, sans comparaison avec celle de mes champions, était partie intégrante, essentielle, de ma démonstration. Je fis reculer la foule. Un espace suffisant pour combattre se dégagea. J’ordonnai aux duellistes de s’affronter...

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AUBE, la saga de l'Europe I-074

... Nombre de guerriers, tous en armes comme je leur avais fait demander, étaient là. J'attendis que les plus gloutons, ou les plus sceptiques, arrivent, et que nous soyons au complet, pour parler. Je les haranguai du ton le plus pénétré et le plus grave. Je brandis mon glaive de bronze, imité‚ en tous points par mes acolytes roulant au surplus des yeux menaçants, à l'appui de mes dires. Qu'ils se réjouissent ! Les choses allaient changer. Le premier signe en serait la fin de notre humiliation pendant ces tournois qui nous saignaient petit à petit, sans rémission, de nos richesses. Je ne le promis pas pour « Quand les dieux le voudront bien +, mais pour l'année à venir. Soucieux de savourer mon effet, j'observai les visages. J'en fus désarçonné. Ils reflétaient une telle variété, une telle confusion de sentiments ! J'y vis le bonheur et surtout la fierté, une immense fierté, mais aussi, hélas, une rare pitié à mon égard. On appréciait mon ambition, on moquait mes illusions.  
Je les scrutai avec encore plus d'attention. Un détail m'apparut, qui ne m'avait pas frappé avant. Les plus éloignés, qui m'avaient écouté d'une oreille distraite, gardaient leur quant-à-soi. Les plus proches, en revanche, avaient vu nos glaives brandis. Ils les examinaient, s'interrogeaient. L'éclat du soleil sur nos lames avait attiré leurs regards. Elles n'avaient pas la couleur habituelle. Il y avait un rapport entre elles et mes prétentions... Elles n'étaient peut-être pas si folles...
... Je fis un troisième tour d'horizon. Je ne m'étonnai plus des différences d'attitude selon l'endroit. Les plus éloignés étaient ceux arrivés le plus tard, qui doutaient depuis le début. N'ayant que mes mots pour les convaincre, et ne prêtant, d'instinct ou par volonté délibérée, aucune intérêt à ce qui viendrait les appuyer, ils restaient plongés dans l'incrédulité. Les plus proches, eux, étaient mieux disposés et cherchaient, ou acceptaient, tout indice visant à conforter la confiance qu'ils me consentaient. Dans l'ensemble, la tonalité restait au doute, à la méfiance, au mieux à l'indulgence envers moi, pauvre garçon enthousiaste et souhaitant leur redonner espoir… La vie, cruelle, me détromperait vite de mes rêves généreux...

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AUBE, la saga de l'Europe I-073

... Dans mon enthousiasme de savoir mes glaives prêts, je voulus les voir sur le champ. Pewortor s’esclaffa. Comptais-je courir par tout le village nu comme au sortir de ma mère ? Il m'apporterait ces lames. Je repris mes esprits. Je devais, avant de les ameuter, m’habiller et voir à quoi elles ressemblaient. J’aurais tout le temps, si elles répondaient à mes espérances, d’aller les chercher et leur expliquer ce que je voulais d’eux. En dépit des usages, je n’eus pas la patience d’attendre son retour mes armes à la main...
« Pars devant, je te rejoins ! »
... Je pris juste le temps d’enfiler mes braies, sans les lacer. Je le rattrapai à la porte de sa forge. Sitôt entrés, je me les fis présenter. Ils étaient superbes, un rêve de guerrier. Juste assez lourds pour tout briser, juste assez légers pour être maniés par des combattants athlétiques sans les fatiguer, et d’une solidité, et d’un fil, à toute épreuve. Aussitôt, je leur ordonnai de m'apporter les splendides bijoux. Je courus chez notre crieur. « Avertis chacun de venir au champ de Thonros après le repas de midi ! » . J’allai ensuite voir les vétérans si habiles à briser les lames... « Laissez tout. Suivez-moi ! » Comme le crieur, ils obtempérèrent, séance tenante, sans mot dire. Ils m’obéissaient, du moins : J’étais leur roi. Je voulais mieux. Ce soir, les dieux aidant, mon nom seul suffirait...
... Je leur expliquai mon but et mes intentions. Ils m’auraient pris pour un fou si je ne leur avais découvert mon secret. La vision, la contemplation, même, tant ils s’abandonnèrent à les regarder, de mes glaives, les détrompa. Ils les soupesèrent, les caressèrent. S’ils servaient mes projets pour rendre sa grandeur à notre clan, ils recevraient ces lames devant lesquelles ils s’extasiaient. Ils me jurèrent fidélité éternelle...
... Je fis un excellent repas, meilleur en tout cas que le leur. Je leur avais conseillé de ne rien manger avant leur démonstration. Ils seraient plus agiles et dispos face à des adversaires alourdis par la digestion. Aussitôt après, je me dirigeai vers le champ des combats. Nous nous y réunissions pour les tournois, l’entraînement, les assemblées destinées à évoquer l’avenir ou à prendre les plus graves décisions. Où mieux affirmer mon pouvoir ? ...

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